1. La commande

Sous la responsabilité d'un comité de pilotage partenarial (Ville de Brest, CUB, Education nationale, Conseil Général, DDJS, CAF) la ville de Brest a passé commande au cabinet Trajectoires-Reflex d'une mission d'accompagnement pour l'élaboration d'un projet éducatif à Brest. Le travail du consultant devait s'appuyer sur un état des lieux fait par un groupe technique. A la lecture de celui réalisé sur le quartier de Bellevue, nous avons démontré, la difficulté de s'appuyer sur cette mise à plat des horaires, des âges, des activités…qui ne permettait aucune comparaison entre les différents temps, les différentes structures, les différentes catégories de publics… Le comité de pilotage a alors validé la réorientation de la mission en se centrant tout d'abord sur l'élaboration d'un état des lieux par quartier à partir d'un questionnaire diffusé auprès des structures et visant à recenser toutes les actions s'adressant aux enfants et aux jeunes. Dans un second temps, à l'échelle de chaque quartier devra s'élaborer un projet éducatif qui s'insérera dans le projet éducatif global qui se construit à l'échelle de la ville.

Le comité de pilotage a dès le départ affirmé une ambition forte puisque l'objectif du processus en cours est de dépasser les procédures classiques (CEL, Contrat temps libres) pour construire un projet éducatif local. Celui-ci, nous l'avons dit, devant être construit simultanément à l'échelle des quartiers et de la ville. La ligne directrice de la démarche place au centre le travail de concertation, de diagnostic partagé et d'élaboration collective d'objectifs.

Les termes de la réorientation de la commande nous ont conduit à réaliser le travail lourd et fastidieux d'état des lieux privilégiant une méthode quantitative permettant de mesurer le poids de chaque action dans l'offre globale. Ceci afin d'offrir une lecture réelle du paysage éducatif et ainsi de permettre à chacun des partenaires de situer son action parmi celles des autres acteurs. Ceci même s'ils n'interviennent pas dans le même champ, même s'ils ne s'adressent pas au même public, même si les uns ne s'occupent que du temps de midi à l'école alors que d'autres s'occupent des vacances d'été. Cette méthode permet ainsi de rendre lisible l'action publique dans le domaine de l'éducation considéré dans son sens large et de la prendre en compte comme si elle résultait d'une politique explicite.

 

2. La méthode

Nous nous sommes appuyés pour produire cet état des lieux sur 3 types de données différentes et complémentaires :

- Recensement des structures

Nous avons sollicité toutes les structures ayant une action en direction des enfants et des jeunes (écoles, collèges, clubs, associations, centre sociaux, patronages laïques, Maisons pour Tous…). Les thèmes abordés dans le questionnaire sont les suivants :

- Recensement des actions

Nous avons demandé à chaque structure de remplir un questionnaire par action concernant :

Cette enquête a été ensuite traitée statistiquement afin de tracer les grandes lignes du paysage éducatif brestois. L’indicateur sur lequel nous nous sommes appuyés est le nombre d’heures-année-enfants (h/a/e). Cet indicateur permet de pondérer les différentes actions : certaines concernent 4h par semaine, toutes les semaines de l'année, une cinquantaine d'enfants, ce qui représente un volume de 10 400 heures-année-enfants (4 heures x 52 semaines x 50 enfants) ; d'autres concernent 1h par semaine, pendant un trimestre environ, 25 enfants, ce qui représente 250 heures-année-enfants (1 heure x 10 semaines x 25 enfants). Ces 2 actions n'ont pas le même poids, ce qui ne veut pas dire que l'objectif soit pour autant de "faire du chiffre" ; il s'agit simplement d'une approche parmi d'autres, qui n'est pas accessible directement aux acteurs eux-mêmes, qui donc modifie la vision que l'on peut avoir de l'offre éducative et permet des comparaisons autrement tout à fait impossibles.

- Entretiens avec les opérateurs

Une cinquantaine d'opérateurs ont été rencontrés : personnels des services municipaux, responsables de parents d'élèves, principaux de collèges, directeurs d'écoles, responsables et présidents de patronages, responsables et présidents de M.P.T., responsables de centre sociaux et de comités d'usagers, responsables d'associations…. Ces entretiens ont permis d'évoquer plus précisément les enjeux éducatifs du quartier ainsi que le fonctionnement partenarial. Ils nous ont donné une perception du quartier moins distante et plus "humaine" que celle produite par l'enquête.

 

- Les catégories utilisées

Temps scolaire / hors temps scolaire

Nous nous sommes tenus à une définition stricte :

 

Pôles

Nous avons distingué les actions selon le contenu principal qu’elles recouvraient ; mais il y a toujours des activités à la frontière de 2 pôles et leur affectation a un côté arbitraire inévitable.

Quartiers

La notion de proximité étant importante par rapport à l’offre éducative, pour les enfants principalement mais également pour les jeunes nous avons systématiquement recensé les actions par grands quartiers tels que définis par le comité de pilotage. Nous avons déjà produit un état des lieux pour chacun des 7 quartiers et nous l’avons présenté aux acteurs locaux pour chacun des sites. Le présent rapport reprend des éléments de ces états des lieux par quartier, mais il présente la vision d’ensemble et comparative pour toute la ville.

Il y a là encore une part d’arbitraire dans la définition des quartiers, c'est pourquoi nous avons dans un certain nombre de cas traité l'enquête par sous quartiers afin de faire apparaître des différenciations territoriales qui nous semblent importantes.

 

Tranches d’âge

Nous avons déterminé arbitrairement des tranches se référant aux catégories scolaires. Il n’y a en effet pas 2 opérateurs se référant exactement aux mêmes catégories, et chacun comprendra la nécessité de transcrire ses statistiques en utilisant les catégories communes.

 

Types de structures

Nous avons distingué 3 types de structures :

- Les établissements scolaires : écoles ou collèges. Les associations de parents d'élèves ont été intégrées dans les établissements scolaires correspondants.

- Les équipements socio-éducatifs : les MPT, les Patronages Laïques et les Centres Sociaux principalement. Pour ces derniers, nous avons intégré le comité d’usagers dans la structure Centre Social.

- Les associations.

La carte ci-après permet de visualiser les différents quartiers de Brest et l'implantation des différents équipements (écoles, collèges, Patronages Laïques, Maison Pour Tous…) contribuant à l'offre éducative.

Globalement, nous avons un taux de réponse très satisfaisant qui varie selon les types de structure de 75% à 100%. Seuls les clubs sportifs se sont très peu investis dans l’enquête.

 

 

 

 

I - Les grandes LIGNES DU PAYSAGE EDUCATIF a l'échelle de la ville

 

 

Nous allons caractériser l'offre éducative en utilisant principalement notre indicateur, le nombre d'heures-année-enfants. Celui-ci nous permettra de pondérer les activités selon l'importance du nombre d'heures qu'elles représentent.

L'ensemble des actions recensées représentent 2 275 549 heures c'est à dire un peu plus de 15 heures par habitant, ou encore 111 heures par élève du primaire (maternelle et élémentaire, public et privé). A titre de comparaison, 25 heures de classe par semaine pendant l'année scolaire représente pour un enfant ou un jeune 875 heures de présence sur une année. L'offre éducative à laquelle nous nous intéressons n'est donc pas marginale et son importance quantitative justifie qu'elle fasse l'objet d'une réflexion d'ensemble de tous les partenaires. Ceci est d'autant plus justifié que l'on constatera plus loin des différences entre quartiers telles que, dans certains cas, l'offre éducative peut représenter une masse équivalente à un quart du temps de classe.

 

1.1. Les opérateurs à Brest

Le paysage des opérateurs à Brest semble a priori diversifié du fait de leur nombre important tant au niveau des écoles privées, publiques que des structures associatives. On remarque dans nos résultats :

On peut dire que nous avons affaire à un paysage éducatif marqué par la diversité et la possibilité large d'initiatives en raison du nombre d'actions.

Si les actions sont plus nombreuses dans les établissements scolaires, l'essentiel du volume d'heures proposé l'est par les équipements.

Type de structure

Nombre h/a/e

% h/a/e

Etablissements scolaires

840 023

37

Equipements

1 351 829

59

Associations

83 697

4

De même, le nombre moyen d'actions par structure est le plus fort dans les équipements.

Type de structure

Nombre moyen d'actions

Etablissements scolaires

5,4

Equipements

8,9

Associations

4,1

 

La répartition de l'offre par grands opérateurs

Type de structure

H/a/e

Ecoles maternelles

235 311

Ecoles élémentaires

529 723

Collèges

65 457

Centres sociaux

152 033

Patronages laïques

455 997

Maisons de Quartier

449 566

Pontanézen CAPCSF et Centre Socio-culturel

157 970

Associations

85 272

Equipements divers (bibliothèques, crèches, musées…)

140 813

 

1.2. La répartition de l'offre par pôles

 

Répartition par pôles

Nombre h/a/e

% h/a/e

Pluri-activité

1 600 359

70,3

Sportif

263 922

11,6

Culturel, artistique

213 925

9,4

Scolaire

195 463

8,6

Non réponse

1 880

0,1

 

Le pôle le plus développé est le pôle pluri-activité qui regroupe plus des deux tiers des heures. Il est globalement un peu plus fort que ce que l'on peut observer sur d'autres communes ; c'est une caractéristique de la ville de Brest. L'offre des pôles culturel et sportif est de fait plus restreinte et répartie de façon relativement équilibrée entre ces 2 pôles (en notant toutefois que les clubs sportifs n'ayant pas répondu au questionnaire, on sous-estime un peu la part de ce pôle). Le pôle scolaire quant à lui se situe dans la moyenne des villes pour lesquelles nous menons des démarches similaires

 

1.3. Les publics : en priorité les enfants des écoles élémentaires

 

Répartition par âge

% h/a/e

0 – 2 ans

0,6

2 – 5 ans

26,3

6 – 11 ans

46,8

12 – 15 ans

19,1

16 ans et +

7,0

Non réponse

0,1

L'offre en direction des enfants de 6 à 11 ans, ceux de l'école élémentaire, représente un peu moins de la moitié du nombre total d'heures ; si l'on rapproche le nombre total d'heures concernant les enfants de cette tranche d'âge de l'effectif des écoles élémentaires publiques et privées de Brest à la rentrée 1999, on note qu'en moyenne chaque enfant dans cette tranche d'âge a bénéficié de 121 h d'action éducative, sans doute plus pour certains qui cumulent les activités et moins pour d'autres qui les fréquentent peu.

Les enfants d'âge maternel et les jeunes de collège se partagent l'offre restante de façon proche, un peu plus pour les enfants de la maternelle 26,3.% Cela correspond à 94 h en moyenne par enfant de maternelle ; pour les collégiens le calcul n'est pas possible car pour obtenir un calcul comparable, il faudrait isoler les jeunes brestois.

 

1.4. Les modes d’organisation

La répartition temps scolaire (temps de classe) / hors temps scolaire

Période

Actions

H/a/e

 

Nombre

%

Nombre

%

Hors temps scolaire

560

60

1 775 496

78

Pendant le temps scolaire (temps de classe)

381

40

500 053

22

Si en nombre, les actions se déroulant pendant le temps scolaire représentent 40% du total, en heures-année-enfants elles pèsent 22%.

Les actions dans l’école

Les actions dans le temps scolaire ne se déroulent pas toutes au sein de l’établissement scolaire, et inversement des actions se déroulant dans l’établissement peuvent relever d’un équipement ou d’une association.

Les actions se déroulant dans l'école représentent 36,9% des heures-années-enfants mais 57,1% du total des actions. Il s'agit au-delà du temps de classe, des garderies périscolaires, du temps de midi ou bien encore des activités USEP par exemple.

 

La prise en compte du temps comme du lieu montre le poids très largement majoritaire des actions éducatives recensées se déroulant en dehors du temps de classe. On peut dire d'une certaine manière que l'on a beaucoup d'actions dans l'école (57,1% du total des actions), que celles-ci sont d'une durée assez courte et qu'une partie seulement (22% du volume total h/a/e) se déroulent pendant le temps de classe. Ce qui est bien sûr logique puisque l'école remplit sa mission première d'apprentissage se référant à des objectifs nationaux d'enseignement.

 

La répartition par moments dans la semaine

Nous nous intéressons là aux seules actions se déroulant en dehors du temps scolaire. On observe une répartition relativement équilibrée.

Moment (en dehors du temps de classe)

Nombre d’actions

% du total d’actions

Temps de midi et début de matinée

107

15,0

Mercredi

146

20,5

Samedi - dimanche

93

13,1

Fin d'après midi - soirée

174

24,4

En journée la semaine (vacances scolaires, haltes et crèches)

192

27,0

Total

712

100

Outre cet équilibre, on remarque que les actions se déroulant en fin d'après-midi et en soirée ne sont pas négligeables puisqu'elles constituent un quart du total des actions se déroulant en dehors du temps scolaire (temps de classe). Il faut noter de nombreuses actions se déroulant le samedi-dimanche ; ce qui apparaît comme un point particulier eu égard à d'autres villes. Cette répartition assez équilibrée se situe globalement dans la moyenne de ce que l'on observe sur d'autres sites.

 

La période de fonctionnement

La période principale de fonctionnement est majoritairement l'année scolaire. Plus de 70% des actions se déroulent pendant cette période. Elles débutent donc au mois de septembre pour se terminer en juin. Les périodes de vacances sont des moments de rupture dans l'offre d'action éducative.

 

L’appartenance à une ZEP

Si l'année scolaire est structurante, le fait pour un quartier d’appartenir à une ZEP ne semble pas faire une différence significative, à l'inverse de bon nombre d'autres sites. En effet dans plusieurs villes, la catégorisation ZEP est déterminante dans l'offre éducative. Ce n'est pas le cas pour Brest où les territoires en ZEP ne sont pas très importants. Ce n'est donc pas cette procédure, comme nous avions pu le constater dans certaines villes, qui a été génératrice et structurante d'une offre particulière d'actions éducatives.

 

1.5. Le partenariat

Le partenariat semble bien développé en particulier avec la ville, les associations de quartier et les équipements municipaux. Une grande majorité des enquêtés estime que celui-ci est suffisant ; dans un tiers des cas, les initiateurs d'actions considèrent qu'il manque au moins un partenaire. Les écoles et les collèges sont cités comme partenaires ; on peut toutefois considérer compte tenu de leur nombre qu'une marge de progression existe. Ce que confirme l'enquête puisque collèges et écoles arrivent en tête des demandes de partenariat de la part des structures de quartier (associations, équipements…).