Nous sommes tous ministre de l’éducation

vendredi 10 octobre 2003

Ainsi donc, enfin, tout s’explique : l’illettrisme en fin de primaire, l’objectif des 80% de bacheliers toujours pas atteint, la violence dans les collèges, bref le niveau qui baisse et l’insécurité qui monte, c’est ... la faute à "68" !

Et à ces affreux soixanthuitards démagos qui prétendaient "placer l’élève au centre", le premier d’entre eux étant Lionel Jospin, ce babacool, ce gauchiste, coupable de la loi d’orientation de 1989.

Vaguement annoncé avant et après les présidentielles, évasivement programmé pour le printemps, puis pour courant juin, le "grand débat" sur notre "système éducatif" a finalement été repoussé à plus tard ; le plus tard possible, tant il semble évident qu’en fait, personne n’en veut. Pas plus ce ministre que les précédents, pas plus les syndicats enseignants que les associations de parents d’élèves : personne n’a réellement l’intention, la volonté, de proposer une réécriture collective, démocratique, du réel cahier des charges de cette Institution ; c’est-à-dire d’en prendre réellement le temps et les moyens ; et parmi ceux-ci la mise à disposition de toutes informations permettant de faire un choix en toute connaissance de cause.

L’école n’a jamais été une oeuvre philanthropique : l’église puis l’état avaient besoin d’un moule et d’une passoire pour séparer le bon grain de l’ivraie, "l’élite" de la chair à canons, la France d’en haut de celle d’en bas. Et d’un haut et bas clergé soumis, religieux puis "laïc", pour assurer le tri rituel.

L’école n’a jamais été vraiment "gratuite".

Le Marché prend maintenant ouvertement - naturellement - le relais : puisque tout se vend et tout s’achète, et une bonne formation assortie de bons diplômes étant un bon placement, les bons pères de famille pourront mettre encore plus à l’abri et faire fructifier leur progéniture-patrimoine.

A l’abri des "défavorisés" - actuels et à venir - qui devront se contenter de l’école "du quartier", telle qu’elle est appelée à survivre en assurant le minimum de formatage correspondant aux standards. Chargée essentiellement de livrer au Marché des "citoyens" obéissants et pas trop curieux, soumis aux aléas très aléatoires du marché de l’emploi et consommateurs dociles des produits de l’import-export de la grande distribution, medias inclus.

Quant aux sauvageons, pas de problème : depuis dix bonnes années, toutes nos têtes pensantes (?), de gauche à droite, ont fait, font et refont d’innombrables - et coûteux - voyages d’études en Grande Bretagne et aux U.S.A. et en ont ramené des kits prêts à l’emploi et ... clés en mains. De nombreux emplois de porte-clés vont être créés pour les nouvelles prisons, y compris pour jeunes, construites aux quatre coins du pays (donc en Guyane, aussi !).

Créations d’emplois également chez les flichiatres - comme on disait... en 68 - pour isoler et reformater les autres, tous les autres, même pas, pas encore "sauvageons" : trop rapides, trop actifs, trop lents, poètes...

À quand la ritaline à la cantine ?

"NOUS SOMMES TOUS MINISTRES DE L’ÉDUCATION"

L’affirmation peut paraître péremptoire, prétentieuse. Et pourtant...

Nous sommes tous le ministre de l’éducation, enfin presque : à 82%, puisque M. Ferry a été nommé par M. Raffarin, lui-même nommé par M. Chirac ... Nous sommes tous, et chacun-e d’entre nous, les ministres de l’éducation : nous avons tous, encore, le droit de choisir l’éducation, et donc l’école de nos enfants.

Mais si ce choix n’est qu’individuel - individualiste : sauve-qui-peut ! - et souvent onéreux, il est/sera forcément limité par les "nuisances" occasionnées par ceux-celles qui n’auront pas pu/voulu choisir.

S’imaginer qu’on peut transformer durablement des écoles en "sanctuaires" en en éloignant-éliminant les indésirables est un fantasme suicidaire pour une société.

Changer d’école ne peut être qu’une solution à court terme.

Changer l’école est - depuis longtemps - une urgence.

Pour en savoir plus : http://membres.lycos.fr/possible/

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