Quand filles et garçons font écoles à part

lundi 8 mars 2004

« Dans une école américaine encore mixte, en Géorgie, des élèves récitent le serment d’allégeance au drapeau.Photo :Mark O’Rourke/MAXPPP »

Les Etats-Unis viennent de donner un coup de butoir à l’école mixte. Grâce à George Bush et à son administration, il sera désormais plus facile de créer des écoles de filles et des écoles de garçons.

NEW YORK (de notre correspondante). ­ « La mixité demeure la règle, nous voulons seulement donner de la souplesse aux écoles afin qu’elles puissent proposer des choix plus divers aux parents. » Kenneth Marcus, haut fonctionnaire au département de l’Éducation, a jugé nécessaire d’apporter ces précisions après la polémique provoquée par George Bush. Le Président veut favoriser la création d’écoles publiques non mixtes.

Le 3 mars, l’administration a annoncé un assouplissement des règles qui s’appliquent aux same-sex schools. Les localités n’auront plus à prouver que l’un ou l’autre sexe a été victime de discrimination avant de pouvoir ouvrir des classes séparées. Si elles créent des classes pour filles, elles ne seront pas tenues de faire de même pour les garçons. Elles devront seulement proposer une alternative mixte aux parents.

Boums conjointes

La semaine dernière, le gouvernement a ouvert un débat sur la question. Pendant quarante-cinq jours, sénateurs, élus, professeurs, etc. peuvent s’exprimer. Mais dès que le débat sera bouclé, les nouvelles dispositions entreront en vigueur.

Elles constituent une rupture majeure avec la politique menée depuis trente ans. L’obligation de mixité dans le public a été inscrite dans une loi de 1972, à la suite du combat des féministes et des « libéraux » pour interdire la discrimination sur la base du sexe, au même titre que la ségrégation raciale.

Les localités créant des écoles séparées peuvent bénéficier, depuis 2001, de fonds fédéraux. Les États-Unis ne comptent pour l’instant que vingt-quatre écoles publiques totalement non mixtes, contre 93 000 mixtes. En revanche, dans le privé, quelque 400 000 élèves sont élevés «  à l’abri de l’autre sexe ». À New York, les parents riches recourent volontiers à ce système dès que leurs enfants quittent la maternelle, et a fortiori s’ils sont adolescents. « Cela permet d’éviter jusqu’à un certain point le harcèlement », juge Michelle, mère d’une fille de 7 ans, élève à la prestigieuse école pour filles Chapin, située au nord-est de Manhattan, et d’un garçon de 11 ans qui fréquente un établissement pour garçons sur Park Avenue. « Les enfants se font des amis du sexe opposé grâce aux boums conjointes organisées chaque mois entre les écoles non mixtes du quartier. »

La plupart des féministes dénoncent la « régression » que constituent les nouvelles dispositions. Pourtant, au sein même des démocrates, certains soulignent les vertus d’un enseignement séparé qui s’appuierait sur les différences d’apprentissage et de réussite entre filles et garçons. Ainsi, Hillary Clinton, sénatrice de New York, est-elle devenue l’alliée inattendue des républicains ultra-conservateurs en défendant les écoles pour filles, parce que « le fait d’être entre elles les rend plus conquérantes ».

Tiré du journal Ouest-France du 8 Mars 2003

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