Les parents, partenaires de l’école.

jeudi 1er avril 2004

Un débat sur l’école ne peut faire l’impasse sur les relations parents/enseignants. Incompréhension pour les uns, coopération pour les autres ou encore malentendu, les avis divergent mais chacun s’accorde à reconnaître l’importance du sujet.

Un sondage * portant sur l’opinion des parents sur les questions liées à l’éducation de leurs enfants, nous apprend que, de la maternelle au lycée, plus des deux tiers de parents pensent que l’enseignement en France fonctionne très bien ou assez bien (contre 27 % assez mal et 7 % très mal). Ils sont 83 % à être satisfaits de l’enseignement reçu par leurs enfants. L’attachement des parents à l’école n’est pas à démontrer. Tous les élus locaux savent bien l’importance que les questions scolaires revêtent à leurs yeux. Leur intervention est souvent décisive, aux côtés des enseignants, pour améliorer la vie des écoles.

Le rôle respectif de l’école et des familles

Si les exemples de coopération sont nombreux (sorties scolaires, fêtes de l’école, participation à des ateliers sur le temps scolaire, conseils d’école, ...), il faut cependant dire que l’école doit encore mieux travailler et dialoguer avec les familles. Pour cela, sans doute est-il nécessaire de mieux élucider les attentes et les rôles respectifs de chacun. Comme dans tous les partenariats, la première condition de réussite réside dans la claire définition de la part de chacun. Pour Jacky Simon, médiateur de l’Education nationale, " le débat parents - école peut croître à condition de respecter les compétences des uns et des autres. Il faut que chacun sache jusqu’où il peut aller sans porter atteinte à l’identité de l’autre. Un parent peut-il simplement se renseigner sur la méthode d’enseignement utilisée sans que le maître se sente froissé ? Un enseignant peut-il demander des choses sur la vie personnelle de l’élève sans pour autant porter atteinte à la vie privée de la famille ? Dès lors que les deux parties entendent bien qu’on discute pour comprendre et non pour prendre la place de l’autre, chacun peut être plus efficace dans l’exercice de ses compétences ". Pour cela, il faut savoir déconstruire des représentations. Ainsi, l’idée de " démission des parents " est très largement invoquée (par les enseignants mais aussi par les parents eux-mêmes). A tort, si l’on en croit les études qui montrent plus le désarroi des familles que leur non implication.

L’intérêt grandissant des parents

" Est-ce que tes parents te demandent le soir ce que tu as fait à l’école ? " : posée lors d’une étude dans les quar-tiers nord de Marseille, la question, ainsi que d’autres du même style, a obtenu une majorité écrasante de réponses positives. Le sociologue Roger Establet montre d’ailleurs que, suite à la crise économique de la fin des années 70, l’attitude des parents s’est considérablement modifiée, ces derniers se tournant vers l’école, perçue comme le meilleur rempart contre le chômage. Il existe bien entendu une différence sociale à cet égard. Les parents les plus aisés privilégiant la curiosité et l’esprit critique alors que ceux des milieux défavorisés mettent en avant l’obéissance et la nécessité de " bien travailler à l’école ". Comme le note le sociologue Daniel Gayet : " les enseignants qui déplorent l’absence des parents sont eux aussi paradoxaux : ils reprochent aux parents leurs carences éducatives mais se placent aussi en donneurs de leçons éducatives, en " professionnels " de l’éducation et déstabilisent encore plus les parents d’élèves qui doutent ".

Philippe Meirieu, quant à lui, avance l’idée qu’il faut " accompagner l’évolution nécessaire du " parent -citoyen ". Pour lui, il y a là un véritable enjeu de société. Et l’attitude des parents n’est pas seule en cause. Nous aussi, enseignants, dit-il, avons notre part de responsabilité lorsque nous centrons nous-mêmes le dialogue uniquement sur le cas individuel, les résultats, les chances de passer en classe supérieure, etc. Il faut que nous trouvions, avec les parents, des " objets de travail ", c’est-à- dire des occasions de vrai travail et de vrai dialogue. Encore une fois, c’est à ce prix que l’on rompra avec les situations marquées soit par la méfiance réciproque, soit par d’aimables échanges de banalités ".

Le citoyen veut comprendre

La place de l’enfant a évolué dans la famille, comme dans l’école. Il ne s’agit pas de le regretter mais de savoir que cela pose des problèmes nouveaux à l’école. Le rapport aux institutions s’est également modifié. Aujourd’hui le citoyen n’accepte pas les décisions sans les comprendre et cela vaut également pour le système éducatif. Bon nombre d’écoles, particulièrement dans les secteurs difficiles, ont cherché, à travers des projets spécifiques, à améliorer les liens que l’école établit avec les parents. Les expériences sont nombreuses. Ces initiatives, souvent méconnues, resteront trop isolées tant que l’institution ne décidera pas d’intégrer pleinement cette question à la formation des enseignants.

* Source " Observatoire des parents d’élèves " réalisé par la PEEP (Fédération de parents d’élèves) - septembre 2003

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