Historique
En avril 1998 une association, le CAP/CSF* réunit l’ensemble des professionnels du quartier, face aux comportements repérés « difficiles » des enfants. « Les enfants crient, s’agrippent violemment, hurlent pour s’imposer. Les garçons agressent les filles. Les filles se durcissent. »
Les professionnels refusent « l’inéluctable », à savoir que l’escalade de la violence affecte un nombre de plus en plus important d’enfants du quartier (de plus en plus jeunes) et décident de mener une réflexion commune.
Durant une année, ces professionnels se réunissent régulièrement et se positionnent autour d’une charte de travail dans laquelle ils disent : « Nous pensons qu’il faut au moins tenter de faire quelque chose pour enrayer ce phénomène d’escalade de la violence verbale et physique dans les rapports qu’ont les enfants entre eux... » Dès lors, l’accent est mis sur une démarche de recherche-action, plus que sur un but à atteindre. * CAP-CSF : Comité d’animation de Pontanézen
Organisation / Structuration
Un groupe de suivi du projet, composé de différents acteurs du quartier est constitué pour mener la réflexion, duquel se dégagera une instance de pilotage ayant pour mission de proposer une méthodologie et des axes de travail.
En juin 2000, le groupe de suivi vote une décision qui engage l’ensemble des acteurs autour de deux actions visant à terme à prévenir la violence sur le quartier :
- La Communication Non Violente
- L’écriture en mouvement
Le choix de ces 2 actions s’est fait parce qu’elles ont toutes les 2 été proposées par 2 acteurs du quartier susceptibles d’accompagner la démarche une fois qu elles seraient initiées. Dès le départ, le principe est clairement énoncé aux partenaires du projet (Conseil général, Caisse d’Allocations Familiales, associations du quartier, éducation nationale, la politique de la ville), nous nous engageons avec ces deux outils pour un travail sur du long terme.
Objectifs
- Pour les acteurs de quartier, réfléchir ensemble autour des problèmes de comportement des enfants (violence verbale et physique)
- Mettre en place sur le quartier des actions concrètes visant à améliorer les relations adultes / enfants et enfants / enfants
- Agir pour que la violence ne soit pas un mode d’expression dominant. Enrayer l’augmentation et la banalisation des comportements violents chez les enfants
- Développer les liens de solidarité, d’échanges et de concertation entre les professionnels du quartier, autour de ces problématiques.
LA COMMUNICATION NON VIOLENTE
QU’EST-CE QUE LA COMMUNICATION NONVIOLENTE ?
La Communication Non Violente (CNV) est un processus de communication. L’approche de communication de Marshall Rosenberg, Docteur en psychologie peut être vu comme un art du dialogue. En d’autres termes, le processus comporte deux volets principaux :
- L’écoute bienveillante et attentive de nous-mêmes, qui nous permet une expression claire et honnête de ce qui nous habite chaque fois que nous le désirons
- L’écoute de l’autre, quel que soit son mode d’expression, écoute que nous voulons pleine de respect et de compréhension même lorsque nous sommes en désaccord avec son comportement ou ses idées, afin de nous mettre en lien avec la vérité profonde de ce qui l’habite.
ACTIONS MENEES EN COMMUNICATION NONVIOLENTE :
1ère ETAPE : Mise en place de formation à la COMMUNICATION NON VIOLENTE
RECAPITULATIF DU NOMBRE DE PERSONNES FORMEES
Stage d’initiation : stage de 2 jours ou 3 jours.
- Octobre 2000 : 30 professionnels - 5 parents
- Mai 2001 : 17 parents
- Octobre 2001 : 17 professionnels
- Juin 2002 : 13 personnes dont 7 professionnels et 6 parents.
- Octobre 2003 : 13 personnes dont 6 professionnels et 7 parents
- Décembre 2004 : 6 parents
Session de Perfectionnement : stage d’un jour
- 1er octobre 2001 : 10 parents
- 4 octobre 2001 : 12 personnes
Approfondissement : « Transmettre la Communication Non Violente aux enfants »
1, 2 et 3 Octobre 2002 : 13 parents/professionnels formés (dont 2 parents)
26, 27 et 28 Mai 2003 : 8 parents/ professionnels dont 2 parents
Aujourd’hui, 101 personnes ont participé à la démarche de formation à la Communication Non Violente initiée sur le quartier.
Qui sont les personnes formées ?
- Des parents : Du côté des parents, ce sont 41 personnes (40 femmes et 1 homme) de Pontanézen et de 4 autres quartiers brestois (Pen-ar-Créac’h, Bellevue, Kérédern, Le Guelmeur) qui ont participé à un stage d’initiation à la Communication Non Violente depuis le début l’action en 2000.
- Des professionnels : travaillant dans les cantines ou auprès des enfants (ATSEM, halte-garderie), des animateurs, des instituteurs, du personnel d’accueil de structure (Petite Maison, centre socioculturel), des éducateurs, des vacataires, animateurs d’activités, des agents de médiation, des assistantes sociales, des professionnels de la médiathèque,... Presque toutes les structures du quartier se sont impliquées dans la démarche ce qui représente au total 65 professionnels formés.
Ces stages d’initiation ont conduit plusieurs personnes à s’impliquer dans une réflexion plus large notamment dans un travail sur « Comment communiquer sur des règles de vie ? » aux enfants et aux adultes utilisateurs de services. Cette réflexion est aujourd’hui en suspens mais des demandes de travail ont été à nouveau formulées par le centre socio-culturel (Règles de fonctionnement du centre) et par le CAP-CSF.
2ème ETAPE : LES ATELIERS DE PRATIQUE DE LA COMMUNICATION NON VIOLENTE
La CNV est « un processus », c’est pourquoi la participation au stage ne pouvait être une fin en soi : des ateliers de pratique de la Communication Non Violente se sont mis en place dès le mois de septembre 2001 à un rythme régulier : 1 x 6 semaines pour les parents. Pour les professionnels, ils varient de 1 à 2 par mois.
13 parents y ont répondu favorablement dès la première année (sur les 17 formés). En 2002/2003, il a fonctionné avec une moyenne de 8à 9 personnes à chaque séance. Chaque année le groupe se reconstitue. En Octobre 2003, de nouvelles personnes formées ont intégré le groupe impulsant une nouvelle dynamique. De janvier à juin 2005, c’est 4 à 5 parents qui ont suivi les ateliers.
Quelques problématiques repérées à la fois en nombre et partagées par une grande majorité des personnes :
- La dévalorisation des personnes dans leur rôle de parents
- Des difficultés dans l’exercice de l’autorité
- Les séparations conjugales
- L’isolement relationnel ou le repli sur soi
- Des difficultés sociales (chômage et/ou santé...)
QUEL BILAN POUR LES PARENTS ?
- 1.Une ouverture dans la vie personnelle :
Ce que font ressortir ces ateliers, ce sont les bénéfices acquis - tout d’abord - pour les personnes elles-mêmes : Amélioration de l’écoute de soi, Acquisition d’une plus grande confiance, Acquisition d’une plus grande facilité à s’exprimer, Des modifications de comportements (« J’essaie d’être moins agressive », « j’entends les choses différemment »), Une prise de recul par rapports aux évènements.
Ces bénéfices personnels engendrent une modification de l’image de soi qui a permis d’introduire une dose de dynamisme là où régnait fatalisme ou découragement. Et cela rejailli dans la vie sociale, collective des personnes.
- 2.Une ouverture dans la vie sociale : Participation au groupe « Femmes », Participation à des instances tel le Réseau d’Aide d’Appui à la Parentalité (REAAP), participation à des réunions du Contrat Ville (Commission du Fonds d’Initiative des Quartiers, réunion bilan « Relation à Autrui »), Participation à la journée « Les fourmis se déchaînent » le 25 Juin 2005.
Cette démarche de participation à un atelier régulier de CNV leur a donné un sentiment d’appartenance à un groupe. Des liens se sont tissés entre elles et entre différents quartiers. Elles n’hésitent pas à s’appeler au téléphone entre les séances pour « prendre des nouvelles », se soutenir dans leur vie quotidienne. Et au fil du temps, ces relations s’enracinent jusqu’à se voir, se rencontrer pour faire des choses ensemble (marcher...). Ceci est d’autant plus remarquable qu’elles n’habitent pas le même quartier. Se rencontrer nécessite donc de mettre en place une démarche active :
- Se contacter,
- Avoir un projet commun,
- Se donner rendez-vous,
- Se déplacer ... en sachant que toutes n’ont pas de moyens de locomotion.
- 3.Et vers la créativité :
En s’appuyant sur d’autres formes d’expression (création d’un carnet de voyage - Théâtre Forum ), les personnes se sont rendues compte qu’elles pouvaient créer quelque chose qui pouvait être regardé par des adultes, des parents, l’environnement extérieur. Cela a restauré leur capacité à être acteur au sens littéral du mot !
- Création d’un carnet de voyage relatant le parcours du groupe avec la CNV depuis l’origine. Cette réalisation sera exposée en Juin 2003 au salon « Carnet d’ici et d’ailleurs ».
- Naissance d’un théâtre forum, « La sortie du samedi » puis de la troupe : « La Belle Aventure » au cours de l’année scolaire 2004/2005. Production au Fourneau le 25/06/2005 dans le cadre de la journée « Les Fourmis se déchaînent ».
CONCLUSION : ATOUTS ET LIMITES DE LA DEMARCHE
C’est un projet qui a rassemblé les partenaires et les parents autour d’une démarche, dépassé nos ambitions premières par l’investissement des parents dans la démarche, le lien avec d’autres actions (carnet de voyage), la naissance d’un théâtre forum, puis d’une troupe « La Belle Aventure »... mobilisé des professionnels de différentes institutions à différents niveaux :
- dans la participation aux stages d’initiation à la CNV,
- en tant que relais d’information auprès des familles, pour une sensibilisation des parents aux stages mis en place sur le quartier,
- et aussi dans l’animation d’ateliers (DPAS, Club de prévention Don Bosco).
- mobilisé un professionnel, agent de développement social local à temps partiel, en amont, pendant, en aval de la démarche.
L’ECRITURE EN MOUVEMENT
QU’EST-CE QUE L’ECRITURE EN MOUVEMENT ? Définition de Patrick Le Doaré :
La démarche intitulée "Ecriture en Mouvement" est issue de techniques de danse contemporaine. L’écriture en mouvement s’appuie à la fois sur une prise de conscience du corps, sur un développement et sur une gestion de l’imaginaire. Cette démarche permet à l’enfant de découvrir une autre forme de dialogue, de développer son regard critique sur lui et sur les autres. Construire un langage à partir de son corps pour proposer une autre parole. Partir "du corps social" pour mettre à jour un "corps intime", un corps qui écrit, un corps qui dit. C’est également pour l’enfant en difficultés sociales, une manière différente de rencontrer le monde adulte et d’y apporter un autre regard. De la même façon, l’adulte qu’il soit acteur ou observateur, est amené à modifier son point de vue et à avoir une approche différente de l’enfant dans son contexte.
ACTIONS MENEES AVEC L’ECRITURE EN MOUVEMENT :
- 2000-2001 : Un atelier de pratique hebdomadaire pour 17 professionnels et parents du quartier. Durée 1h30 par semaine + des stages.
- 2001-2002 : Un atelier de perfectionnement pour les personnes ayant suivi l’initiation la 1ère année. (Rythme : tous les 15 jours). Des temps d’approfondissement pour développer des interventions auprès des enfants 7 personnes touchées.
- 2002-2003 : Initiation au mouvement : prise de conscience du langage corporel auprès de différent public (parents, animateurs, travailleurs sociaux, ...). 5 sessions de 4 heures 13 personnes.
- 2003-2004 : Sensibilisation d’adultes en situation d’encadrement direct d’enfants sur le terrain. A partir du constat fait que les personnes du quartier ayant bénéficié d’une formation conséquente en Ecriture en Mouvement n’étaient pas disponibles pour encadrer des ateliers et que personne sur le quartier ne pouvait plus mener un travail concret de fond et à long terme l’idée a été de sensibiliser des adultes (en l’occurrence l’équipe du CLSH du CAP) à cette démarche, et d’y associer des enfants, pour avancer ensemble. L’objectif était de créer une dynamique d’équipe pédagogique au sein du CAP/CSF, productrice de complicité et de cohésion dans l’action, ainsi que de sens dans la réflexion, une dynamique entre enfants et adultes, une dynamique productive et artistique, dont l’aboutissement sera valorisé aux yeux des parents et autres enfants.
Bilan : 2003/2004
- Le travail d’ « Ecriture en Mouvement » est resté centré sur les enfants (public visé prioritairement), avec 10 binômes en début de saison, équipe adultes surtout CLSH avec une maman qui a du abandonner en cours de route, et une animatrice péri-scolaire ; enfants originaires CLSH et entraide scolaire . 8 binômes stables en fin d’année scolaire.
- Difficulté pour les adultes d’accompagner les enfants, car eux-mêmes sont dans la même dynamique d’apprentissage et de découverte de leur fonctionnement corporel. Nécessité de davantage maîtriser l’outil en amont par les adultes pour "digérer" les apports de ce travail et pouvoir les transmettre aux enfants.
Aspects positifs : L’action a aidé : à souder l’équipe d’adultes, les a aidé à échanger, à aider au décryptage d’attitudes physiques et de comportements des enfants.
2004-2005 : Arrêt de la démarche.
Le principe adopté lors du bilan de cette action était de reconduire la formule expérimentée, au vu de sa richesse. Cependant, la nouvelle constitution de l’équipe et les projets du CAP/CSF pour 2004/2005 n’ont pas permis de reconstituer une équipe de 10 adultes partants sur cette action. D’autres priorités internes sont apparues, et le choix a été fait de les privilégier. De même, le Centre Socioculturel l’Escale qui avait projeté de constituer un groupe Ecriture en Mouvement n’a pu le réaliser. De plus, les contacts qui avaient été pris avec l’école Pen Ar Stréat pour développer de tels ateliers sur le temps scolaire n’ont pas abouti, l’école ayant répondu par la négative à cette proposition. Cette action n’a donc pas été reconduite cette année par manque de groupe constitué.

